La quatrième composante d'un discours

Parler en public implique trois composantes :

  • La composante logique, qui traite du contenu de votre discours. Cette composante adresse la structure, les données et statistiques, le contenu que vous allez présenter, ainsi de suite.

  • La composante mécanique, qui est l'aspect spectacle de votre discours. Elle adresse les éléments tels que les aides visuelles, les accessoires et la communication non verbale.

  • La composante émotive traite des sentiments que votre auditoire ressentira pendant et après votre discours.

Prises ensemble, ces trois composantes couvrent plus de 95 % de vos besoins lorsque vous avez à livrer un discours. Mais il y a un 5 % supplémentaire qui n'appartient à aucune de ces catégories.

Ce 5 % peut-être la différence entre livrer un bon discours, ou livrer un discours remarquable. Lorsque ce 5 % est présent, la plupart des gens ne remarqueront pas. En fait seuls les professionnels sont susceptibles de remarquer et d'apprécier les efforts que vous aurez faits pour livrer une présentation si impeccable.

Pour le commun des mortels, ce 5 % n'apparaît que lorsqu'il est évident que l'orateur ne le gère pas adéquatement. Ce 5 % est ce que j'appelle la composante technique.

La composante technique est un amalgame de tous les petits détails que les orateurs professionnels tentent de contrôler à tout prix. Même s'ils savent que personne ne remarquera lorsqu'ils le font bien, ils savent que les gens le remarqueront lorsque c'est mal fait. Il a plusieurs aspects différents à la composante technique, mais je m'en tiendrai à trois seulement.

  • Le microphone : lorsque vous devez parler à un grand auditoire ou à un auditoire de taille moyenne, vous aurez à utiliser un micro. Le micro peut-être votre meilleur ami ou votre pire ennemi : cela dépend de la façon dont vous vous en servez.

    Il y a plusieurs types de microphones : le micro à main, le micro cravate, le casque, le micro de lutrin et ainsi de suite. Les deux micros les plus courants sont les micros à main et les micros cravate, que vous attachez à un veston ou une chemise. La plupart du temps, vous aurez à travailler avec des micros sans fil mais de temps en temps vous aurez peut-être à utiliser un micro avec fil.

    Lorsque vous avez le choix, utilisez un micro cravate au lieu du micro à mains. Les micros cravate sont habituellement plus faciles d'usage, à moins que vous n'ayez des vêtements qui empêchent d'y attacher le transmetteur. Sinon, vous n'avez qu'à l'attacher, l'allumer et parler normalement. Le microphone est assez sensible pour capter et émettre votre voix.

    Le micro à main est plus difficile à maitriser car son utilisation n'est pas naturelle pour la plupart d'entre nous. Si vous avez à utiliser un tel micro, utilisez-le le plus près possible de votre bouche et tenez-le presque parallèle au sol. Lorsque vous tournez votre tête, rappelez-vous de faire suivre le micro, sinon cela donnera l'impression que vous vous éloignez de l'auditoire.

    Si vous apprenez à bien le manipuler, vous pouvez vous amuser beaucoup avec un micro à main. Par exemple, vous pouvez le couvrir avec vos mains, parler dans le micro et imiter une voix d'outre-tombe ou un battement de coeur. Comme beaucoup d'auditoires ont vu les orateurs inexpérimentés se débattre avec un microphone à main, lorsque vous l'utilisez correctement vous projetez l'image d'une personne plus confiante.

    Peu importe le micro utilisé, prenez le temps de marcher autour de la salle et de la scène pour découvrir les endroits qui pourraient générer du feed-back dans les haut-parleurs. Lorsque vous les aurez localisés, retenez ces endroits et contournez-les durant votre discours. Votre auditoire vous en sera reconnaissant !

  • Logistique : la logistique c'est la manière dont vous arrangez votre salle. Bien souvent, vous n'avez aucun contrôle là-dessus. On vous donne une salle avec une grosse table au milieu, très peu d'espace pour travailler et vous faites du mieux que vous pouvez. Mais parfois, vous avez le contrôle et il y a certains arrangements qui sont plus efficaces que d'autres. Voici deux éléments à retenir.

    Laissez le moins d'espace possible entre l'auditoire et vous. Plus vous êtes près d'eux, meilleur sera le contact. Par contre, ne soyez pas si près de la première rangée que cela devienne difficile de vous apercevoir du fond de la salle. Si vous le pouvez, ayez toujours une plate-forme surélevée pour vous assurer que tout le monde puisse voir.

    Ne laissez pas une rangée vide au milieu de la salle. C'est souvent l'arrangement dont vous hériterez lorsque vous avez à présenter dans une salle où il n'y a pas de tables. Pour une raison quelconque, la moitié des chaises sont du côté gauche de la salle et les autres sont du côté droit. Entre les deux, il y a un long espace vide.

    Avec un tel arrangement, toute votre énergie disparait dans le néant. Lorsque vous parlez à l'auditoire, il y a peu de contact car la plupart du temps vous parlez du milieu de la scène. Votre voix est projetée dans cette allée vide et toute son énergie se dissipe. Pour éviter cela, assurez-vous que le centre de la salle contient toujours des chaises. Si vous avez absolument besoin d'allées pour permettre aux gens de circuler, mettez-les à gauche et à droite de la salle, pas au milieu.

  • L'écran : si vous utilisez PowerPoint, évitez de mettre l'écran au milieu de la salle, derrière vous. Encore une fois, c'est une question de positionnement sur la scène lorsque vous vous adressez à votre auditoire. Le point le plus fort de toute scène est le point central.

    Si vous mettez un écran au milieu de la salle et que vous vous situez entre le projecteur et l'écran, vous ne pourrez jamais tenir votre position de puissance sans être éclairé par le projecteur. Cela parait bizarre et incitera l'auditoire à rire de vous. De plus, vous aurez tendance à rester d'un côté ou de l'autre côté du projecteur, pour éviter cette situation. En d'autres mots, vous éviterez votre position de puissance à cause de PowerPoint. Il y a quelques façons de contourner ce problème.

    Mettez l'écran dans un des coins et projetez l'image en angle. Si l'écran est positionné correctement, tout le monde dans la salle pourra lire le contenu. Lorsque l'écran est positionné ainsi cela libère le centre de la scène et vous permet de vous y installer sans être dans la trajectoire du projecteur.

    Si vous n'êtes pas en mesure de mettre l'écran dans un coin et que vous devez l'utiliser au centre de la scène, vous pouvez bloquer temporairement la projection de l'image en appuyant sur la touche N de votre clavier (ou "B" si vous utilisez PowerPoint en anglais). Vous pouvez également utiliser la touche à cet effet sur la télécommande de votre projecteur.

Comme vous voyez, si vous ne vous préoccupez pas de ces détails lors de vos présentations, cela ne ruinera pas votre discours. Beaucoup de gens ne remarqueront pas ces petits éléments, soit parce qu'ils n'en sont pas conscients ou parce qu'ils les ont vus tellement souvent qu'ils les oublient.

Mais si votre but est de projeter la meilleure image, d'être le plus efficace et d'être le meilleur orateur que vous pouvez être, alors vous n'avez pas le choix : vous devez vous préoccuper des petits détails.

© Laurent Duperval