Histoires imbriquées

C'était un après-midi chaud du mois de juin, le soleil plombait et les criquets jouissaient. Ma femme, Johanne, et mes trois enfants avaient décidé de se rafraîchir au bord de la piscine. À l'époque, ma fille Manu avait quatre ans. L'aîné, Aléko, avait six ans et Vivi le bébé, avait moins de deux ans.

Manu est une boule d'énergie qui ne connaît que deux vitesses: vite et très vite. Elle agit avant et si elle a le temps de réaliser ce qu'elle a fait, elle y réfléchit... peut-être.

En ce beau jour de juin, toute la famille (sauf moi, qui peinais au bureau) profitait d'un merveilleux été. Manu ne savait pas encore nager, donc devait porter des bracelets flottants lorsqu'elle était autour de la piscine. En général, elle suivait les consignes.

Après s'être bien amusée dans l'eau, elle a décidé de se réchauffer au soleil. Elle a étendu sa grande serviette sur le sol, elle a enlevé les bracelets flottants et s'est couchée sur le sol, près de la partie profonde de la piscine. Johanne était près de la partie peu profonde et s'occupait de Vivi.

Après un certain temps, Manu a eu chaud et a voulu se rafraîchir. Elle s'est levée précipitamment et a sauté dans la piscine... sans ses bracelets.

Avez-vous déjà remarqué que lorsqu'une catastrophe approche, tout semble aller un peu plus lentement? Vous avez le temps de voir la catastrophe se produire, vous voulez l'empêcher mais vous en êtes incapable.

Lorsque j'étais plus jeune, j'avais été visiter un camp d'enfants handicapés, dans la région de Joliette, en compagnie de Georges, un ami d'université. Nous y avions été car l'année précédente, Georges y avait travaillé et il était tombé amoureux d'un jeune fille qui y travaillait. Son but? Essayer de conquérir son coeur. En une journée, ni plus, ni moins!

Une heure après notre arrivée, lorsque Georges a réalisé qu'il ne réussirait pas à séduire sa dulcinée, il a décidé de quitter. Nous sommes remontés dans sa vieille Lada et nous sommes partis en trombe. Georges roulait avec le pied au plancher et dépassait toutes les autos qu'il pouvait.

Nous roulions sur une petite route de campagne à deux voies. Devant nous, une auto roulait à 102 km/h. Nous roulions à 103 ou 104 km/h et Georges a décidé de dépasser l'auto.

La pauvre Lada faisait du mieux qu'elle pouvait, mais elle dépassait difficilement la voiture qui nous précédait. Georges était déterminé à dépasser l'auto. Moi, tout ce que je voyais c'était une autre voiture qui se dirigeait vers nous en sens inverse. Georges refusait de ralentir et de se ranger dans la voie de droite.

Mes genoux remontaient petit à petit vers ma poitrine, pour me protéger de l'impact. Mais je n'avais pas le contrôle de la situation. Je me faisais mener par quelqu'un d'autre.

Je suis souvent surpris par les gens qui me disent qu'ils n'ont pas de choix dans leur vie. Ils disent que leur vie est malheureuse mais ils ne la changent pas, parce qu'ils croient ne pas pouvoir le faire. La mentalité de victime, quoi.

Je suis passé par là il y a quelques années. J'avais un bon emploi, des conditions de travail exceptionnelles, un salaire fort adéquat. Et pourtant, tous les matins lorsque je me levais, j'avais la mort dans l'âme.

Je me traînais jusqu'au bureau, je n'avais aucun enthousiasme, je ne souriais plus; le soir j'entrais chez moi et je me plaignais. Je restais dans mon emploi parce que «je n'ai pas le choix, je dois manger et payer mes factures.» Je mourais à petit feu, sachant que je ne réalisais pas ma destinée.

Pourquoi choisit-on de rester dans une situation qui ne nous aide pas? Qu'est-ce qui nous fait accepter une situation moins qu'idéale? Tant de personnes dans ce monde ont des vies choyées. Pourquoi? Car elles ont choisi de les créer. 

Comment ont-elles créé ces vies? D'une manière relativement simple: en faisant une liste de tout ce qu'elles voulaient au terme de leur vie. Que ce soit au niveau personnel, professionnel, financier, amoureux, spirituel, matériel. Puis, elles ont travaillé pour atteindre ces buts.

J'ai récemment commencé une telle liste, dont voici quelques exemples:

  • donner des conférences devant plus de 10 000 personnes;

  • écrire un roman;

  • posséder une Ferrari;

  • visiter la Nouvelle-Zélande;

  • une ceinture noire au Tae Kwon Do.

Il y en a bien d'autres. Et au fur et à mesure que j'accomplis ces buts, je vais les rayer de ma liste. J'ai l'intention d'en rajouter constamment. Plus ma liste sera longue, plus je serai motivé à travailler fort pour avoir ce qui y est écrit.

C'est un processus qui ne date pas d'hier; la graine a été plantée depuis longtemps mais elle a pris du temps à germer. Je crois qu'elle a réellement germé lorsque j'ai pris la décision de quitter mon emploi corporatif pour fonder ma propre compagnie, celle qui me permettra un jour de donner des conférences devant 10 000 personnes.

Ce ne fut pas une décision facile et j'ai eu des remords pendant une période de temps, jusqu'à ce que je m'adapte à ma nouvelle réalité. Jusqu'à ce que je réalise que c'était mon choix, que personne ne me l'avait imposé. J'étais en contrôle.

Ce n'était plus la même situation qu'avec Georges. Georges avait le pied sur l'accélérateur et les mains sur le volant; il était en contrôle. 

Heureusement pour moi, il ne contrôlait que sa vieille Lada. 

Heureusment pour moi, la voiture à notre droite a légèrement ralenti et s'est rangée un peu sur la droite. 

Heureusement pour moi, la voiture en face de nous a bifurqué vers la gauche, ce qui a permis aux trois autos de passer à peu près au même point, au même moment.

Par la suite, Georges s'est beaucoup calmé. Nous avons roulé à une vitesse normale et nous sommes entrés à bon port.

Parfois, nous avons besoin d'un événement traumatisant pour nous faire réaliser que nous ne faisons pas nécessairement les bons choix dans notre vie. Parfois, ces évéments traumatisants s'avèrent être un point tournant dans notre vie.

Lorsque Manu est tombée dans l'eau, Johanne a pu à peine se lever pour aller la chercher. Mais avant qu'elle n'ait le temps de se rendre, Manu a réussi a remonter à la surface, à atteindre l'échelle et à sortir de l'eau.

En sortant de l'eau, elle s'est retournée vers sa maman et lui a dit, avec un large sourire, « T'as vu maman? J'ai sauvé ma vie toute seule! »

Ce jour-là, Manu a commencé à sauver sa vie en apprenant à nager.

Et vous, que faites-vous pour sauver votre vie?

 


 

Cette histoire illustre une technique relativement simple, mais il faut faire attention lorsque vous l'utilisez. C'est la technique de l'histoire imbriquée et  voici en quoi elle consiste.

  1. Décidez du message que vous voulez livrer.
  2. Choisissez quatre histoires qui appuient le ou les points que vous voulez illustrer.
  3. Commencez la première histoire.
  4. Avant de la terminer, commencez la seconde histoire.
  5. Avant de terminer la seconde, commencez une troisième histoire.
  6. Commencez la quatrième histoire.
  7. Expliquez le point relié à la quatrième histoire puis terminez la quatrième histoire.
  8. Expliquez le point relié à la troisième histoire et terminez la troisième histoire.
  9. Expliquez le point relié à la deuxième histoire puis complétez la seconde histoire.
  10. Expliquez le point relié à la première histoire et finissez la première histoire.

La technique est toute simple, mais elle a un effet remarquable. Votre auditoire demeure pendu à vos lèvres, à attendre la fin de vos histoires. Pendant ce temps, leurs esprits s'ouvrent beaucoup plus et ils absorbent mieux ce que vous dites.

Voici un truc: lors de votre prochaine réunion, si vous voulez éviter que des gens quittent avant la fin, utilisez cette technique! Commencez une histoire au début de la réunion et complétez-la à la fin de la réunion!

Comme la plupart des gens n'aiment pas laisser les choses en plan, plusieurs personnes qui pensaient peut-être quitter, resteront simplement pour entendre la fin de l'histoire. Si par hasard, vous oubliez de raconter la fin de l'histoire, ne vous en faites pas: quelqu'un vous le rappellera !

L'aspect le plus difficile de cette technique est de savoir où couper et savoir aussi combien d'histoires imbriquer. Quatre histoires semblent être une quantité suffisante. Avec un peu de pratique, vous aurez vite fait de déterminer ce qui vous convient le mieux.

N'ayez pas peur de prendre le risque est de tester la technique des histoires imbriquées. C'est un outil simple, remarquable et efficace. De surcroît, c'est tellement amusant!

© Laurent Duperval