L'humour au début de votre discours

Parfois je recommande à mes clients de commencer un discours avec une histoire humoristique, s'ils le peuvent, afin de détendre l'atmosphère pour le restant du discours. À condition que le reste du discours soit drôle aussi, il va sans dire.

Depuis quelques semaines, je participe à un concours de discours avec Toastmasters International. Dans mon discours, je tente de faire rire l'auditoire dans les 30 premières secondes en utilisant la technique du contraste.

L'idée est la suivante: il y a quelques années, mon oncle est décédé et une des dernières choses que je lui ai dites était: « Mais, t'es c** ou quoi? » Pas le moment le plus glorieux de ma vie, disons. Dans mon discours, je tente de contraster mes paroles idiotes avec la situation dramatique, afin de faire rire. Ça ne rate jamais: personne ne sourit. C'est une idée qu'il va falloir jeter à la poubelle.

Le problème est que ça pourrait être drôle. Je le sais, je le sens. De plus, j'ai utilisé cette approche (le contraste) assez souvent dans le passé pour savoir qu'elle est efficace. Elle fonctionne encore mieux en jouant le pince-sans-rire. Mais cette fois-ci, elle est inefficace pour les raisons suivantes:

  • La manière de le dire: afin de rendre la chute de mon histoire (« Mais, t'es c** ou quoi? ») plus drôle, j'ai ajusté mon approche. La première fois, je l'ai utilisée seule, sans artifice.  Le bide. La deuxième fois, j'y ai rajouté des exagérations: j'ai frappé mon front, j'ai souri, j'ai changé le ton de ma voix pour avoir l'air bête. Re-bide. Pour que ce soit drôle, il faudrait que j'exagère encore. Plus la gestuelle, à elle seule, est comique, plus la chute de votre histoire fera rire.
  • L'humour est risqué: dans ce cas, très risqué. J'aime l'humour risqué. Selon moi, éventuellement on peut rire de n'importe quoi. Comme on dit, la comédie c'est une tragédie à laquelle on ajoute du temps. Rire de la mort, c'est risqué et ça rend probablement les gens inconfortables. J'ai déjà utilisé de l'humour risqué dans d'autres occasions et la plupart du temps, j'ai réussi à le faire fonctionner. Mais à trop abuser de l'humour risqué, on s'expose à la catastrophe. Utilisez ce genre d'humour avec parcimonie.
  • Le droit de rire: pour faire rire votre auditoire, il faut lui donner la permission de le faire. Beaucoup de persoonnes qui m'écoutaient me connaissaient déjà. Elles savaient qu'en général, je suis comique sur scène et elles s'y attendent. Après le concours, je leur ai demandé comment elles avaient perçu le début du discours. La plupart d'entre elles m'ont dit qu'elles n'étaient pas certaines s'il fallait rire ou non. La chute est arrivée trop vite, avant qu'elles n'aient senti qu'elles avaient le droit de rire.
    Si vous comptez utiliser de l'humour au début de votre discours, vous devez rendre évident aux yeux de l'auditoire qu'il faut rire. Par exemple, vous pouvez commencer à le faire lors de votre présentation (celle qui est lue par quelqu'un d'autre avant que vous ne parliez). S'il y a des moments drôles dans votre présentation, au moment où vous commencerez à parler votre auditoire saura déjà qu'il est permis de rire.
  • Répétez souvent: bien que j'avais récité mon discours à voix haute plusieurs fois, je ne l'ai présenté devant public que deux fois. La seule perspective que j'avais était la mienne. Bien sûr que je trouvais ça drôle, c'était ma vie, après tout! Mais livrer un discours n'a rien à voir avec ce que vous pensez et tout à voir avec ce que l'auditoire pense. Si vous voulez mesurer la réaction d'un auditoire (en humour ou non), prenez le temps de vous pratiquer devant des amis ou des collègues.

Malgré des petits pépins occasionnels, n'hésitez pas à utiliser l'humour dans vos discours. Il demeure un des meilleurs atouts dans votre boîte d'outils d'orateur. Il peut vous aider à mieux passer votre message, à gérer plus facilement une situation difficile et surtout, c'est tellement amusant!